À propos de : Sacrée Jeunesse
 
Résumé
 
Á quoi reconnaît-on, un jour, que « plus tard » est arrivé ? Á ce que le roman vrai — poésie et vérité — qu’est tout essai d’autobiographie se dégage soudain, et comme de lui-même, de l’ épaisseur du temps ? Voilà plus de quarante ans que le romancier Christian Dedet tient un journal littéraire certes, mais aussi livre de raison, carnet intime.  On y voit revivre de grands anciens (Montherlant, L.-F. Céline, Joseph Delteil), tandis que s’affirme autour des éditions du Seuil toute une jeune littérature. Il y est question de médecine et de vie hospitalière, en ces années-là ; de quelques cités magiques (Rome, Paris, Montpellier) ; d’étés cavaliers et de vagabondages andalous ; du tragique violent ou doucereux des temps ; de plusieurs jeunes femmes, décidément très en avance sur la libération sexuelle et l’éclosion du womens' lib. Et si l’éternelle jeunesse, en se voulant cynique, ne réussissait qu’à révéler son charme et sa profonde innocence ? Ce tome 1, Sacrée Jeunesse, évoque, avec humour et dans une langue à la fois tendre, acérée et savoureuse, le début des années 60, ces fameuses sixties, « où la folie d’écrire le disputait à la rage de vivre ».
 
Critiques
 
« Son livre est un journal, un récit, peu importe, un clin d’œil littéraire à la mémoire, un coup de cœur sismique où le lecteur, s’il sait encore qui sont Charles-Louis Philippe, Jean-René Huguenin et Albert Cossery, se retrouve en plein tremblement de frère. Entendez par là une fraternité de ton, de sensibilité. Une Sacrée Jeunesse est certes une galerie de portraits, la rencontre d’écrivains libres et spirituels, ce qui devrait toujours être le cas, mais aussi une main tendue à l’ autre, ce qui ne l’est jamais.
M. Dedet bien sûr se raconte. Ses études de médecine dans les années 50, ses passions, ses amours. Et aussi ses premiers livres. (…)
Aussi, quelques livres plus tard a-t-on envie de demander à ce grand Dedet : "Qu’as-tu fait de ta jeunesse ?" Oliviers et tilleuls répondront pour lui. Les jeunesses sont toutes différentes et se ressemblent pourtant. "La jeunesse est une ivresse continuelle, car c’est la fièvre de la raison", écrivait La Rochefoucauld. Avec M. Dedet, la jeunesse possède la fulgurance des corridas, des étés andalous et des chirurgies minutieuses. L’ordonnance du docteur Dedet tient la route. Á cet admirateur d’Ordoñez et de Dominguin, on attribuerait volontiers les deux oreilles et la queue.  Pour le charme et l’intelligence. Pour la mémoire des fleuves. »
François Cérésa,  Le Figaro.
 
«  Depuis la parution de son premier roman, Le plus grand des taureaux (1960), nous tenons Christian Dedet pour l’un de ces écrivains très rares (Gabriel Matzneff, Michel Mourlet), qui maintiennent l’honneur de la littérature française, si malmenée depuis les feux d’artifice de la génération des "hussards". "Honneur" n’est pas ici employé à la légère : c’est ce mot qui définit le mieux son style, celui-ci étant l’expression d’une conduite personnelle, d’une manière d’être au monde. Dans ses livres, Christian Dedet allie  en effet une précision d’écriture chirurgicale ( au risque d’être taxé de sécheresse ), gage de franchise et de lucidité, à une générosité que nous qualifierons d’aristocratique, qualificatif bien galvaudé, certes, mais qui , chez lui, prend sa seule acception aujourd’hui possible, à savoir celle que lui a assignée Gobineau dans Les Pléiades. L’ "aristocratisme" de Christian Dedet réside en une aptitude naturelle à respirer à haute altitude, ce qui a pour immense avantage de lui faire ignorer les miasmes de la mesquinerie et du ressentiment, ces tares capitales des temps modernes. Il faut le rappeler sans craindre le ridicule : être un « aristocrate », un « calender » comme aurait dit Gobineau, c’est être bon, c’est aimer ; c’est aussi rechercher le bonheur et la beauté où qu’ils se trouvent, de fleur en fleur ; et c’est, en définitive, la plus grande  capacité à recevoir et à donner. L’hédonisme de Christian Dedet est rigoureusement consubstantiel à une éthique de la gratitude.
Il fallait que cela fut rappelé avant que d’engager nos lecteurs à dévorer son dernier livre Sacrée Jeunesse. Ce journal intime des années 1958-1962, très intime mais jamais narcissique ni complaisant, confirme à l’envi de quelle pâte est pétri cet écrivain du grand soleil, nourri du lengo d’Oc de ses aïeux, et qu’une très significative amitié a uni à l’immense Joseph Delteil, génie tutélaire de ses débuts en littérature. Car cette Chronique des sixties, pour reprendre le sous-titre (discutable) que Christian Dedet a donné à son journal, est beaucoup plus  qu’une chronique d’époque. C’est en quelque sorte le roman (vrai) d’apprentissage d’un homme dont la vocation se réalise au croisement de voies remarquablement convergentes : l’écriture et la médecine,  comme chez Rabelais et Céline (il y a d’ailleurs des pages très fortes, et même assez bouleversantes sur le docteur Destouches, dont Christian Dedet fut le dernier visiteur), l’Espagne et la tauromachie, la lumière et les chevaux, la musique et les femmes, le tout sur  fond de temps troublés (la fin de l’Algérie française, à propos de laquelle il ne partage pas les illusions de la plupart de ses amis  de droite) et de controverses littéraires (il est justement sévère  pour Tel Quel  et Sollers, mais il refuse de condamner en bloc le nouveau roman, ce dont il faut lui savoir gré, et nous offre de merveilleux croquis de Dominique de Roux).
La musique et les femmes, avons-nous dit … Ce foisonnement se compose comme en une riche polyphonie dont le conduit  serait précisément cette ferveur érotique que lui inspirent celles que les dieux bienveillants mettent sur son chemin (surtout lorsqu’il est embaumé de toutes les senteurs de la garrigue !) et dont la vénusté a toujours, à des degrés divers, quelque chose de sacré : l’amour, comme la corrida, est beaucoup plus qu’une fête ; c’est la célébration d’un myst ère. Sans doute est-ce dans ces pages érotiques que se révèle le mieux la qualité d’âme et de cœur de Christian Dedet. Il évoque les femmes qu’il a aimées et qui l’ont aimé  avec une reconnaissance dont ils sont bien peu d’écrivains à avoir fait montre depuis Restif de la Bretonne qui, dans Monsieur Nicolas , écrivait : "J’honore tous les êtres qui m’ont fait connaître ou donné le plaisir." Cette parole sublime, Christian Dedet aurait pu la placer en exergue, car elle éclaire le sens le plus profond du meilleur de son œuvre.
Sacrée Jeunesse s’achève au moment où Christian Dedet, ayant publié ses deux premiers romans, Le Plus grand des taureaux  et Le Métier d’amant (1962), et terminé ses études de médecine, résilie son sursis et s’en va sous les drapeaux. Nous lui demandons instamment de ne pas trop nous faire attendre la suite ! »
Michel Marmin, Éléments (« Un Calender : Christian Dedet »).
 
 
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